Les politiques réagissent : au MR, compétitivité avant tout

huguesDans l’épisode précédent, j’ai décortiqué la notion de « partage collectif du temps de travail », à base de dessins et d’interviews. Place à un premier retour politique sur le sujet, en compagnie du MR.

Le partage collectif du temps de travail, qu’en disent les libéraux ? En passant par le quartier du Petit Sablon, j’ai posé la question à Hugues Vlemincq. Il est conseiller auprès du Vice-Premier ministre Didier Reydners en matière d’emploi.

Pourquoi pas, si partage rime avec flexibilité

Au premier abord, le MR n’est pas farouchement opposé à l’idée, mais n’y voit en rien une solution. Réduire le temps de travail pourrait, à la limite, permettre de sauver les meubles en période de ralentissement économique et dans une situation bien précise :

« Si dans un secteur, il y a le souhait de pouvoir redistribuer le temps de travail pour mieux adapter le secteur aux réalités économiques auxquelles il est confronté à un certain moment. Parce que le marché est moins porteur et qu’il faut trouver une solution pour partager le temps de travail. Que ce soit via des crédits temps ou via une diminution du temps de travail hebdomadaire dans ce secteur-là ou dans une entreprise. Nous, on n’y est pas opposé. On est pour la flexibilité. »

En somme, réduire le temps de travail, pourquoi pas, mais pour sauver les entreprises en cas de coup dur. On réduit le temps du travail plutôt que de le détruire, mais on ne favorise a priori pas la création d’emplois sur le long terme.  Voilà une conception qui, à l’image du chômage technique, reviendrait à colmater la brèche.

Plutôt que de diminuer le temps de travail, réduire les cotisations sociales

Ce que défendent les libéraux, c’est la création d’emplois directs. On est bien là dans une logique de croissance :

« Nous avons la conviction que l’activité crée l’activité. La meilleure façon de créer un plus grand nombre d’emplois, c’est de poser les conditions favorables au développement de l’activité économique. »

Pour le MR, l’une des solutions consiste à proposer des réductions de cotisations sociales aux entreprises. Que coûterait une telle mesure à l’État ? Trop tôt pour le dire, les programmes sont encore en ébauche. Mais quelles garanties d’une création d’emploi ?

« Au niveau microéconomique, c’est effectivement difficile à dire. Mais au niveau macroéconomique, il y a des études de la Banque Nationale. On constate que lorsqu’ il y a des baisses de charges, il y a un effet quasiment automatique de création d’emplois. »

Pour en savoir plus, je vous invite à jeter un coup d’œil sur cette étude de la Banque Nationale réalisée en 2011.

Baisser les charges des entreprises pour favoriser la création d’emplois, j’ai déjà entendu ça quelque part. La CNE (Centrale Nationale des Employés) et le collectif Roosevelt émettent l’idée. Voilà qui fait sourire Hugues Vlemincq :

« Ce qui me fait plaisir, c’est d’entendre que la CNE pense à des réductions de cotisations sociales ! »

Oui mais non. L’idée des libéraux, c’est bien d’alléger les cotisations sociales pour réduire le coût du travail. Si les entreprises sont moins taxées, chaque travailleur leur coûte moins cher et la compétitivité grimpe, favorisant a priori la création d’entreprises.

Alors que, comme nous l’expliquait Felipe Van Keirsbilck, réduire les cotisations sociales ne serait pour la CNE qu’un incitant temporaire permettant aux entreprises de passer aux 32 heures en douceur. Et oui, si chaque employé travaille moins à salaire égal et que l’entreprise doit embaucher pour compenser, comme le voudrait la CNE, le coût salarial augmente. Deux longueurs d’onde bien différentes.

La clé, c’est la compétitivité

Notre conseiller pointe là du coude un léger obstacle à la réduction collective du temps de travail :

 « La seule condition est de faire en sorte que la Belgique puisse malgré tout rester dans les clous du pacte de compétitivité. Qu’elle puisse avancer vers l’équilibre budgétaire comme elle s’y est engagée, comme tous les pays européens vis-à-vis de l’Europe. Là, il n’y a rien à faire. »

Dur d’agir sans une restructuration globale du système de partage de la valeur ajoutée. Si en Europe, le mot d’ordre est compétitivité et que la part des actionnaires continue à primer sur celle des salaires, difficile d’imaginer que l’on puisse réduire le temps de travail sans plomber les entreprises belges sur l’échiquier international. D’ailleurs, les mesures d’austérité imposées par l’Union Européenne n’encouragent pas les gouvernements à aller dans le sens d’une réduction du temps de travail, bien au contraire.

Des partenaires sociaux non demandeurs

Si Hugues Vlemincq a accepté de discuter partage du temps de travail avec moi, soyons clairs, pour le MR la question n’est pas d’actualité :

« Diminuer le temps de travail hebdomadaire, les 38 heures, ce n’est pas ce qui est demandé par les partenaires sociaux. Ni par les patrons, ni par les syndicats. Parler du partage du temps de travail, c’est une très belle idée, mais j’y mettrais comme condition qu’elle fasse partie d’un dialogue social et qu’elle aboutisse à un accord où tout le monde y trouve son compte.  La réalité du dialogue social en Belgique est tellement forte qu’elle nous préserve de grands débats philosophiques comme on peut en avoir en France, sur la réduction du temps de travail, les 35 heures, le travail du dimanche… On n’entend jamais ça en Belgique. »

Moi les débats j’aime ça, qu’il soient philosophiques ou terre-à-terre. Et si Hugues Vlemincq estime que le partage collectif du temps de travail n’est défendu « ni par les patrons, ni par les syndicats », il me semble que du côté de la CNE comme de la FGTB, un autre son de cloche résonne. Ne me reste plus qu’à faire un tour au cœur d’un cortège CGSP et à aller toquer à la porte des patrons.

Posts en rapport

Digg it StumbleUpon del.icio.us Google Yahoo! reddit

3 commentaires

  1. Salut les jeunes,
    j’ai beaucoup ri, à cette étude (pain bénit pour le MR) qui démontre au niveau macro que baisser les charges crée automatiquement de l’emploi. Beaucoup ri (si si !)? Mais bon, c’est fini la récré…
    Les solutions au chômage et vous questionnez le MR qui vous parle compétitivité ? WTF ?!

    C’est comme de dire à 10 enfants, voilà une pomme, elle est là à 10 mètres sur une table, le plus rapide l’aura, les autres ne mangeront pas aujourd’hui. Le MR dira que c’est la loi de la compétitivité, le plus compétitif raffle les marchés, les autres, il ne veut pas savoir ce que ça leur fait.

    Dans un système fait de gagnants et de perdants, on ne sait pas à l’heure du monopoly mondial si on mangera aujourd’hui ou à la trinité, c’est un peu comme de jouer en bourse, si on n’a pas de Joker (délit d’initié), on perd quasi toujours…

    Donc, on va préférer trouver une solution qui envisage de partager la pomme en faisant en sorte que le pommier qui en produit puisse en faire pousser écologiquement (^^) sans nuire à la planète et en suffisance pour tous, on ne va tout de même pas laisser les fluctuations du marché décider quel jour et ce qu’on peut manger ou comment produire ? :-)

  2. Fabian M dit :

    Le discours est politique, il reprend fortement le programme du MR.

    Je ne vais pas me baser sur le principe precedent de la pomme et pourtant nous n’en sommes pas loin.

    Schématisons, notre travaille coute 1000€ et crée un produit fini de 1300€ nous rapportons donc à l’entrepreneur 300€.
    Si nous nous limitons a la Belgique, nous coutons 1000, nous en recevons 500 et hors de nos 500 nous achetons et dépensons pour une valeur qui retourne a la Belgique de 300? Nous avons 200 qui sont parti dans des benefices de société en dehors de chez nous ou avons tout simplement acheté a l’étranger. (Cette fois nous parlons notamment d’une pomme a moitié mange par exemple).

    Donc cela sous entend que pour que rien ne se perde et rien ne se crée nous devons au minimum créé plus de valeurs qui sont vendues a l’extérieur de notre pays et qui sont recues par des entrepreneurs sur notre sol.

    Et la nous ne jouions qu’a une très petite échelle, essayons maintenant d’imaginer le meme système dans le notre et la mondialisation qui allons nous concurrence? Nos voisins, mais surement pas des pays emergent ou nos conditions précaire sont leurs conditions de luxes.

    La diminution des charges pronées et vendues par le MR pour moi que représente t elle? Une augmentation du profit des entreprises mais surement pas un reliance de l’économie. Le travail que je faisais pour 1000€, lorsque je le ferai pour 800€ si nous étions 5, nous pourrions être 6… mais pourquoi puisqu’on pouvait le faire a 5.
    Et d’un autre coté, de mes 1000€ je touchais 500 et générais 300, j’en aurai 600 (avec bcp de chance) et j’en ferai profité 350. Donc je n’augmenterai pas non plus significativement le besoin de commerce et loisir.

    Je crains de rejoinder par un autre chemin ce résumé des pommes.

Laisser une réponse à Madame Fardo

Cliquez ici pour annuler la réponse.