Les politiques réagissent : PS et modèle coopératif

DamnetLa semaine passée, je vous proposais de découvrir la société Damnet, une entreprise dans laquelle les travailleurs sont aussi les actionnaires de leur entreprise. J’en profitais pour décortiquer le modèle des SCOP (pour Sociétés coopératives et participatives) françaises et son potentiel de développement en Belgique. Allons maintenant du côté du PS, pour savoir ce que les socialistes en pensent. Le tout en cinq questions à Ariane Fontenelle. 

Ariane Fontenelle est conseillère du parti à l’Institut Emile Vandervelde. L’IEV, c’est le centre d’étude du Parti socialiste – son éminence grise, en somme.

Les SCOP recueillent-elles l’intérêt de l’IEV à l’heure actuelle ?

« Notre intérêt pour les SCOP est assez récent, depuis que nous nous sommes vraiment rendu compte de l’utilisation potentielle de ce modèle en Belgique. Jusqu’à présent, on misait beaucoup plus sur la relance entrepreneuriale et coopérative en général. Contrairement à ce qu’on imagine, la SCOP n’est pas une société coopérative : ni au niveau du statut, ni dans divers autres aspects tels que la question des réserves (Ndlr : les réserves sont ces portions du bénéfice qui, d’année en année, sont placées dans le passif du bilan d’une entreprise ; elles permettent de contribuer à la solidité financière et, comme leur nom l’indique, elles sont réservées à cette fin). Mais c’est à force d’analyser tous ces différents modèles qu’on s’est rendu compte que, là, il y avait un véritable centre d’action, un centre d’intérêt. Surtout par rapport à la transmission ou à la reprise d’entreprise. »

Pourquoi un tel succès en France et pas chez nous ?

« A mon avis, c’est la visibilité qui est différente. En France, le modèle s’est fait connaître grâce à un certain nombre de cas qui ont bien marché. C’est pour ça qu’en Belgique, on se rend compte qu’il faut lui donner plus de visibilité aussi. »

Les SCOP feront-elles partie du programme du PS ?

« En tout cas les coopératives, oui. Il n’y aura peut-être pas mention des SCOP comme modèle, mais il sera question de l’entrepreneuriat coopératif et des différentes pistes. On verra avec la version finale si on le mentionne tel quel, mais le modèle de l’entrepreneuriat coopératif sera véritablement un des axes de la partie Economie de notre programme. »

« Bref, il y a certains éléments qu’on a déjà intégrés dans la proposition de loi sur le statut de la coopérative, mais il faut certainement aller plus loin. Notamment sur la question des réserves qui, dans le modèle SCOP, doivent être conservées pendant un certain temps. »

Ce qui m’a le plus interloquée, c’est le flou artistique qui entoure la combinaison du statut travailleur-actionnaire. On ne sait pas trop si le travailleur est alors considéré comme un indépendant, ce qui lui ôterait ses droits de salarié. Du coup, ça en refroidit plus d’un. Ne serait-il pas temps d’éclaircir la question ?

« Oui tout à fait. Dans mon analyse, c’est cette question-là qui m’a intéressée. Même si on ne peut pas transposer le modèle tel quel en Belgique, c’est effectivement un « détail » sur lequel on souhaiterait travailler pour permettre d’éviter tout ce flou-là. Il nous faut donc profiter de l’expérience française pour voir quels sont les meilleurs angles d’action. »

« D’autant plus que, pour moi, l’intérêt premier du modèle SCOP est de permettre que les gens soient salariés en créant leur entreprise. Evidemment, il y a toujours un risque quand on crée une entreprise mais, comme ils sont salariés, ils ont toujours leur droit au chômage si jamais ils échouent. Alors qu’en général, quand on crée une entreprise, on le fait souvent sous le statut d’indépendant. »

Qu’est-ce qui ressort de vos recherches actuellement ?

« Les entreprises qui pourraient être concernées par cette solution de reprise ratent parfois cette opportunité. Parce que ni le modèle ni les structures accompagnantes ne sont suffisamment connus. Il faut que ce soit pris en considération très vite comme une possibilité dans la phase d’analyse des problèmes et solutions d’une entreprise. »

« Je ne peux pas le dire avec certitude, mais peut-être que si on adapte les modèles existants à un modèle en Belgique, on pourra connaître le même succès que celui du modèle français. C’est un peu l’oeuf et la poule : avant de pouvoir le faire, il faut avoir tous les éléments en main. »

Voilà pour le PS. Le problème de visibilité est apparemment connu et l’idée pour pousser le modèle serait sur les rails. Mais ici, c’est plus le modèle coopératif qui est mis en avant par Ariane Fontenelle, un modèle différent de celui des SCOP françaises. Le but reste tout de même de proposer une gestion renouvelée de l’entreprise, avec en pilier le salarié-entrepreneur.  L’idée fait donc son petit bonhomme de chemin de traverse – reste à voir ce que ça donnera dans les programmes du Parti socialiste.

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