2) Les pistes de financement

Le financement du revenu de base a fait l’objet de nombreuses études. Plusieurs modèles sont avancés, qui émanent souvent de sociologues ou de philosophes, et sont parfois validés par des économistes. Difficile d’y voir clair tellement les propositions sont nombreuses et aucune ne semble s’imposer comme « la » solution. Pierre-Yves Ryckaert m’a causé des quatre principales pistes soutenues par le Réseau Belge pour le Revenu de Base.

  • Les économies de gestion : l’idée serait de simplifier l’accès aux aides sociales. L’allocation universelle remplacerait d’autres indemnités telles que celles d’invalidité, de maladie, de pension et le revenu d’intégration.

« En Belgique à l’heure actuelle, tout le monde gagne en théorie au moins 500 euros, via le CPAS. Pour y accéder, les gens doivent remplir un parcours administratif très complexe. Si on simplifie ce parcours, on réalise d’importantes économies, et on finance une partie du montant d’un revenu de base de 1000 euros »

Pierre-Yves Ryckaert

  • Mise en place de taxes sur la consommation : déplacer les charges qui pèsent sur le travail vers la consommation. Cette piste de financement vient de deux constats. D’une part, les taxes inhérentes à l’emploi de salariés freinent l’embauche. Les chefs d’entreprise ont tendance à considérer l’employé comme un coût, et cela a notamment pour conséquence de favoriser le travail des machines. D’autre part, la consommation de produits ayant des effets néfastes sur la santé, la société ou l’environnement est aujourd’hui massive et ne devrait pas être encouragée.

« En supprimant les taxes qui pèsent sur le travail, on favoriserait l’embauche. Déplacer ces taxes vers la consommation permettrait de soutenir une consommation plus responsable. L’idée n’est pas de freiner la consommation ni la croissance. Cela ne rendrait pas les produits plus chers. Actuellement, dans n’importe quel produit, les consommateurs payent les frais de main d’œuvre, qui découlent en grande partie des taxes sur le travail. Si on supprime ces taxes et qu’on les déplace vers les produits, les prix ne changent pas, il y a juste un effet de vases communicants ».

Pierre-Yves Ryckaert

  • Une meilleure redistribution des richesses. Plus qu’une solution de financement du revenu du base, cette proposition témoigne d’une volonté de rediriger les différents flux économiques. Pour Pierre-Yves Ryckaert, repenser la distribution des richesses est d’autant plus nécessaire dans le système actuel de mondialisation. La mise en concurrence d’économies qui ne sont pas égales, de pays qui n’ont pas les mêmes acquis sociaux, a pour effet de tirer vers le bas les différents acquis et de dévaloriser le travail.

« Notre système en Belgique est censé être progressif, ce qui veut dire que plus on gagne d’argent, plus on est censé contribuer à la collectivité. En analysant les différents flux, on s’aperçoit qu’ils ne sont pas redistributifs. Il y a toutes sortes de niches qui contrecarrent la distributivité théorique du système. On se retrouve dans des situations où des chefs de grandes entreprises payent très peu, voir moins d’impôts que leurs ouvriers de base. »

Pierre-Yves Ryckaert

Cette idée est concrétisée par le projet des économistes allemands Dani Häni et Enno Schmidt. Ils proposent de créer un impôt à taux unique sur le revenu et le capital, une sorte de « super TVA ». Cette taxe remplacerait les cotisations sociales et patronales. Malgré son fort taux (50 % !), elle n’aurait, d’après eux, aucune incidence sur la moyenne des prix à la consommation étant donné qu’elle serait compensée par les économies réalisées sur le coût du travail.

  • Relancer la création monétaire : faire tourner les planches à billets pour qu’il y a ait plus d’argent en circulation. Il faudrait pour cela réformer l’ensemble du système monétaire, pour y inscrire les gênes du revenu de base. En alignant la création monétaire à la croissance du PIB, on « fabriquerait » de l’argent qui serait reversé sous forme de dividende aux citoyens. Actuellement, le système bancaire (qui fonctionne grâce aux réserves fractionnaires) a tendance a freiner des quatre fers à l’idée de faire tourner la planche à billets. Pierre-Yves Ryckaert s’appuie ici sur l’ouvrage de Stéphane Laborde, La Théorie relative de la monnaie. Ce dernier y calcule, avec des critères mathématiques, la pertinence d’un dividende universel correspondant à environ 15% du PIB.

« Plusieurs études prouvent que le financement du revenu de base est viable. Mais là où ça coince, c’est dans la grosse machine à distribuer les richesses. La difficulté c’est que les reformes monétaires sont difficilement accessibles, ceux qui en tirent actuellement profit n’ont pas spécialement intérêt à ce que l’on change le système monétaire. Et ça demande aussi une réforme profonde de tous les mécanismes économiques, donc malheureusement on n’est pas près de voir ça demain… »

Pierre-Yves Ryckaert

3) Le problème : la fin des politiques sociales

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