6) Verdict: les enjeux

Revenu de base, allocation universelle, conditionnelle ou inconditionnelle, les appellations sont finalement multiples, tout autant que leurs applications actuelles. En somme, l’idée d’un revenu de base peut potentiellement conduire à des résultats bien différents selon la manière dont elle est envisagée, sur un terreau libéral ou à l’aune d’une pensée humaniste. Parmi les défenseurs d’un revenu inconditionnel de base, les avis divergent quant à une éventuelle mise en application. Les inégalités économiques et sociales du monde contemporain rendent à ce jour inenvisageable toute mise en place d’un revenu inconditionnel et égal à grande échelle. Si à l’origine, tous y attachent une philosophie d’universalité, comment pourrait-on songer à un revenu de base européen alors même que le niveau et le fonctionnement des économies de l’Union présentent autant de diversité que de pays.

La défense d’un revenu inconditionnel de base s’inscrit dans une logique d’égalité. A l’opposé, les systèmes d’aides sociales sont le fruit d’une réflexion fondée sur un principe d’équité. En optant pour une forme de revenu minimum garanti sous réserve pour les bénéficiaires de remplir certaines obligations sanitaires et éducatives, le Brésil à peut-être trouvé le moyen, certes un brin paternaliste, d’enclencher le mécanisme. Distribuer un revenu égal à tous et sans condition dans un village indien conduira très certainement à réduire la pauvreté prégnante, mais le faire à l’échelle d’un pays ou d’un continent relèverait vite du gâchis. D’autant plus que la somme en question représenterait tout à la fois une dépense énorme pour les institutions et un grain de sable dans le porte-monnaie des individus aux revenus les plus élevés.

Un revenu inconditionnel de base ne pourrait être pleinement bénéfique que si son montant permettait de vivre dignement, comme le préconisait André Gorz. Or cela n’est le cas dans aucune des applications actuelles et ni même envisagé par les défenseurs de ce système. Aussi, comme le souligne Mateo Alaluf, le risque est grand de voir un tel mécanisme se substituer aux droits sociaux. N’oublions pas qu’en Europe de nombreux acquis sociaux tels que les soins de santé sont directement liés à la valeur travail, et que leur valeur monétaire est bien supérieure à tout revenu de base envisageable. En revanche, si un revenu inconditionnel de base était couplé à l’instauration d’un salaire minimum et à la conservation de ce type de droits, alors peut-être serait-ce un modèle efficace de lutte contre la précarité.

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